Le califat de Cordoue (929-1031) apparaît aujourd’hui encore comme un symbole de la fécondité de la cohabitation inter-religieuse au sein d’une même entité culturelle et politique.

Dans le dialogue interreligieux, il y a de nombreuses projections et d’idéalisations autour de cette période, mais sa mémoire éveille l’espoir actuels d’un vivre-ensemble possible et fécond entre le judaïsme, l’islam et le christianisme.

La journée théologique 2018 s’est organisée autour de ce symbole, mettant en dialogue un bout de son histoire et la situation actuelle de l’existence interreligieuse. Cette rencontre avait été organisée en collaboration avec la Faculté de théologie et de sciences des religions et l’Arzillier à l’occasion de l’anniversaire de ses 20 ans d’existence, sous la responsabilité de Dominique Voinçon.

Ces conférences ont été filmées et vous pouvez les visionner grâce à leur mise en ligne par l’Association Internationale Soufie Alâwiyya.

Les Lumières de Cordoue ou la participation des savants musulmans et juifs à la civilisation européenne

L’intervention de l’historien et philosophe Maurice-Ruben Hayoun a été l’occasion de nous plonger dans l’histoire de la personne passionnante du philosophe juif Moïse Maïmonide (1138-1204).

Figure de passage entre les cultures juives, chrétiennes et musulmanes, porter le regard sur Maïmonide et son contexte met en lumière des phénomènes d’influences réciproques fascinants et inattendus – comme par exemple l’importance de la langue arabe dans le développement de la pensée juive, voire de l’importance de l’exégèse coranique dans le cas de Maïmonide.

Ceci ne doit pas voiler l’exception et la marginalité d’une telle personnalité – comme cela est signalé à la fin de la conférence, il est au mieux le représentant d’une religion des élites, controversée qui plus est.

Mais elle laisse percevoir à quel point une identité intellectuelle est tissée d’une pluralité d’horizons et emprunte également à des traditions hétérogènes, mettant en lumière le défis posé à notre propre pratique de la rationalité à l’ère du pluralisme des convictions : penser interreligieusement à la croisée de traditions et d’identités irréductibles.

Une journée internationale du vivre ensemble dans la paix et La nécessité du dialogue interreligieux 

L’intervention du Cheikh Khaled Bentounes était focalisée autour de la présentation de la Journée Internationale du vivre-ensemble en paix, qui est fixée au 16 mai.

Il y a un projet militant derrière cette initiative : engager des actions fédératrices et symboliquement pour un vivre-ensemble au-travers des différences religieuses.

L’anthropologie est l’assise de cet engagement : c’est autour de l’humain que doit se concentrer le projet de paix, en tant qu’il s’ancre dans un rapport renouvelé à la verticalité. L’effort en direction d’un vivre-ensemble concret dans la paix implique un retour sur soi, sur ses traditions, ses normes pour en dégager poétiquement un sens nouveau.

Le passage par l’histoire stimule cette créativité, mais c’est bien dans une dynamique constructive et commune qu’est appelé à se déployer ce que vise cette journée internationale. Le mythe qu’est Al-Andalus doit encore se réaliser interreligieusement aujourd’hui.

Etat du dialogue interreligieux en Suisse romande

La conférence de Jean-Claude Basset a offert à la fois un historique et des éléments de perspectives sur la situation du dialogue entre Islam et christianisme en Suisse.

La relation entre l’occident chrétien et le monde musulman se problématise à partir de la chute du mur de Berlin. Les premières mosquées sont ouvertes dans les années 60 et on voit une croissance de la population musulmane (culturellement mixte) à partir de là. En Suisse, le défi principal est celui d’une intégration de l’Islam au sein de ce qu’était traditionnellement la paix confessionnelle. C’est le modèle dans son ensemble qui s’adapte avec cette nouvelle pluralité.

Actuellement le dialogue est confronté aux défis suivants : (1) dépasser l’effet de “club” des groupes de dialogues interreligieux – ceux-ci ne fécondent pas les identités des groupes religieux impliqués ; (2) passer d’un dialogue interreligieux à une praxis interreligieuse – ce sont les formes d’engagements concrets qui sont à rechercher, en plus des formes de dialogue. Là aussi, la reconnaissance de l’humanité commune, avant la particularité des convictions, semble être un moment incontournable.