Cet article résume le séminaire 2019 de la Société Vaudoise de Théologie intitulé “Pomme de Discorde”.

Le sujet

Quelle conception du salut la foi chrétienne doit-elle défendre aujourd’hui ? Et quelle place Jésus prend-elle en son sein ?

Les débattants

Marc Pernot est pasteur à l’Eglise Protestante de Genève (EPG). Son ministère est en partie concentré sur la présence web de l’EPG. Il est à l’initiation du site internet jecherchedieu.ch

Jean-René Moret est docteur en théologie et pasteur de l’Eglise évangélique de Cologny. Il tient un site internet sous jrmoret.ch.

Le débat

Le salut par la mort expiatoire du Christ

L’intervention de Jean-René Moret s’est concentrée à exposer et défendre la conception suivante du salut : Jésus-Christ est mort en prenant sur lui la culpabilité qui découle des mauvaises actions humaines. Il ne s’agit pas de la seule conception du salut présenté dans la Bible, mais c’est celle qu’il s’agissait de défendre dans son intervention.

Dieu crée une création bonne, mais l’humain se révolte contre le créateur, introduisant le mal dans la création, ce qui enchaine sa condamnation à mort. La mort sacrificielle de Jésus souligne à la fois la radicalité du mal et le refus total de celui-ci par Dieu. En prenant sur lui la sanction qui revient à l’humanité, Jésus permet un pardon qui n’oublie pas la réalité du mal commis. Sur la base de ce sacrifice, l’humanité peut entrer dans une relation renouvelle avec son créateur, dans la reconnaissance du mal, sans pour autant subir la culpabilité qui en découle.

Cette conception de l’action salvatrice de Dieu permet une lutte vigoureuse contre le mal, tout en la fondant dans la relation gratuite avec Dieu. Ainsi, l’action humaine contre le mal est à la fois marquée d’assurance et d’humilité. Dans cette vision, (i) le mal est objectif ; (ii) il y a une responsabilité morale réelle ; (iii) on affirme le lien entre “mal” et “punition”.

Grandir dans la lumière indiquée par Jésus

L’intervention de Marc Pernot expose une compréhension du salut où l’accent est mis surtout sur l’action de Dieu en nous dans la foi. Jésus est celui qui nous ouvre à la lumière de Dieu en nous et qui nous engage à croître dans son rayonnement. Le défi posé à la foi est l’interprétation de la vie, des gestes et des paroles de Jésus en tant qu’ils nous mettent sur cette voie (cf. Jn 20,30-31).

La spécificité de l’action de Jésus doit être comprise comme une nouvelle étape dans la genèse de l’humanité : celle de la foi. Le salut est avant tout un processus de croissance dans la vie. La lumière se trouve déjà en l’être humain. L’Esprit que l’humain reçoit de Jésus lui permet de découvrir cette lumière et d’en faire croître le rayonnement.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas du mal, résultant d’un égocentrisme primaire, mais que nous sommes pris dans un processus de purification où Dieu fait disparaître ce mal. Le jugement de Dieu est le jugement de l’amour où Dieu ne garde que le meilleur de ce que chacun porte. En Jésus-Christ la problématique de la réconciliation et du pardon est définitivement derrière nous. Nous pouvons nous concentrer sur la croissance voulue par Dieu.

Discussion

Les deux débattants partent de l’affirmation que Jésus-Christ est, d’une manière ou d’une autre, Fils de Dieu.

Marc Pernot refuse une conception de Dieu qui ne serait satisfait que par plus de souffrance. L’Ancien Testament présente une conception du pardon total, qui n’implique pas de paiement de la faute. Du point de vue éthique, la punition substitutive, telle que la développe par exemple Anselm de Canterbury (1033-1109) est profondément choquante. Aucun mal ne peut réparer le mal.

Jean-René Moret peut être en accord avec une vision du salut comme “Dieu qui travaille en nous”. Cependant, il souligne que la logique de sanction que dénonce Marc Pernot est précisément inversée dans le cadre du récit évangélique. Dans les traités de vassalités sur lesquels se basent notamment les textes du Deutéronome, c’est normalement le fautif qui subit la faute de la main du roi. Avec Jésus-Christ, c’est le roi lui-même qui prend sur lui la punition qui, selon le traité, revient au fautif.

L’assemblée a posé quelques questions.

Chez Jean-René Moret, tout semble se rapporter à la mort substitutive du Christ. Ne devrait-on pas plutôt penser selon la parabole du bon grain et de l’ivraie ? (Mt 13,24-30) Marc Pernot : la transformation dans le Royaume n’est pas immédiate, il faut effectivement l’aide du Saint-Esprit. Jean-René Moret : il y a d’autres aspects du salut, mais on ne peut retirer le moment de la mort de Jésus, sans laisser un trou énorme dans la foi chrétienne. La mort de Jésus est à comprendre comme un exemple d’amour, mais il faut pour cela que sa mort accomplisse quelque chose pour nous. Une mort sans but serait plus un suicide qu’un acte d’amour

Quelle place pour la repentance et comment la vivre ? Marc Pernot : il ne semble pas sur qu’il faille une demande de pardon pour être pardonné. (cf. la parabole de la brebis perdue, Lc 15,3-7, ou la parabole du fils prodigue Lc 15,11-32). L’enjeu est surtout de s’ouvrir à l’amour de Dieu, ce qui se passe dans l’accueil de l’Esprit.

Peut-on refuser Dieu? Jean-René Moret : Il ne semble pas que l’on puisse catégoriquement nier que ce soit possible. Il y a du libre arbitre. En revanche le fait que chaque personne ait une certaine idée du bon, du juste et du bien est le signe de cette présence de Dieu à la personne. Une bonne action est le signe posé en direction du bien qui est en nous.

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