Cet article résume la rencontre du 9 mai 2019 du séminaire de la Société Vaudoise de Théologie intitulé “Pomme de Discorde”.

Le sujet

Quelle vision de la famille pour la théologie chrétienne ? Comment répond-elle aux défis de notre temps ?

Les débattants

François Dermange est professeur d’éthique à la Faculté Autonome de Théologie Protestante de l’Université de Genève. Il a récemment publié L’éthique de Calvin (Genève, Labor et Fides, 2017). Il est régulièrement sollicité pour le débat public autours de thématique touchant à l’éthique.

Yvan Bourquin est docteur en théologie, spécialisé en sciences bibliques. Il s’est engagé dans l’édition de l’ouvrage L’accueil radical (Genève, Labor et Fides, 2015). Ce livre a son corollaire sur internet : accueilradical.com.

LA discussion

Cette rencontre n’a pas offert de débat contradictoire, mais un éclairage mutuel sur la thématique à partir de position légèrement différente. La rencontre s’est structurée autour de trois temps d’échange

Fragilité de la Sainte Famille

François Dermange. Une position philosophique classique accorde beaucoup d’importance à la famille et à sa fonction pour la société, suivant une vision binaire des genres. Le nouveau testament affirme un gros décalage par rapport à cela (Jésus et Paul ne sont pas mariés ; les positions de Jésus sur la famille sont critiques. Cf. Mt 12,46-50 ; Lc 14,26). Lorsque les réformateurs et la théologie protestante du 19e présentent la “Sainte Famille”, ils font une lecture qui facilite le texte biblique. Cependant, dans la création c’est une vision de l’être-humain guidée par la différence des sexes qui est proposée. De plus, la solidarité avec les membres de la famille fait partie de l’éthique proposée par l’Ancien Testament (Cf. p. ex. Ex 20,12).

Yvan Bourquin. S’appuyant sur un ouvrage de l’exégète catholique Philippe Lefebvre (Propos intempestifs sur de la Bible sur la famille, Paris, 2016), Bourquin identifie la famille avant tout comme un lieu d’épreuve. Le discours biblique présente cette épreuve et vise à orienter au-travers de celle-ci. L’identité des individus est avant tout donnée dans la relation au créateur et pas dans l’affirmation de la différence sexuée. Le texte hébreu de la Genèse, lors de la création de la femme souligne avant tout la similitude et la dépendance mutuelle des membres de la famille.

Penser la famille en christianisme

Yvan Bourquin. Les évangiles produisent essentiellement des turbulences à l’égard de nos visions de la famille. On peut penser ici d’une part au fait que Jésus résiste à l’appel de sa famille à revenir chez lui, mais également à la relation viciée entre Hérodiade et sa fille. Le nouveau testament semble offrir peu de ressources ici. Une exception peut-être : Jésus sauve la belle-mère de Pierre (Mt 8,14-17), où le fils de la veuve de Naïn (Lc 7,11-17).

François Dermange. Il y a une pastorale des familles qui est à développer à neuf sur d’autres fondements que ceux que nous offrent les visions romantiques et libérales de la famille – l’une met la passion au centre de la famille, l’autre le contrat. La famille pourrait être pensée comme une petite Eglise, un lieu qui est surtout pensé autour du paradigme de l’hospitalité.

Sexualité et engendrement

Yvan Bourquin. On a eu tendance à mettre l’attention sur l’orientation sexuelle, alors que le vrai enjeu porte sur ce que l’on fait de la sexualité. Elle est ambivalente : lieu de plénitude et d’asservissement. Il reste une question à laquelle il manque une réponse claire : “Qu’est-ce que la sexualité?”. Paul Ricoeur a consacré une réflexion à la sexualité comme énigme (Cf. “Sexualité, la merveille, l’errance, l’énigme”, dans Histoire et vérité, Paris, 1967).

François Dermange. Pour la position catholique, la première finalité du mariage est l’amour des conjoints. Les puritains eux-mêmes ont affirmé qu’il faut pouvoir jouir sexuellement l’un de l’autre jusque dans le grand-âge. La première finalité de la sexualité est de construire la relation entre les époux par la tendresse et le corps. Il ne semble pas acceptable de ce point de vue d’imaginer une vie de couple sans sexualité en christianisme.


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