Le 21 septembre 2019 une vingtaine de personnes (nous étions 17, mais un chiffre arrondi fait toujours plus sérieux ) se retrouvent à la maison de paroisse de Beausobre pour vivre une journée autour de la thématique : Vivre l’Eglise à tout âge? L’intergénérationnel sous la loupe.  Deux ans plus tard, nous vous proposons un aperçu de cette journée et vous partageons quelques points qui ont été discutés lors de nos échanges. 

Vous pouvez télécharger le bilan de cette journée dans sa version brève ou complète (avec tous les matériaux annexes)

participants·es et cadre

Venues des Eglises catholiques et réformées, les personnes présentes formaient un signe visible de l’intergénérationnel. En effet la thématique a suscité de l’intérêt dans toutes les tranches d’âge (« Jeunes et vieux se réjouiront ensemble » comme on dit) et à tous les niveaux de l’Eglise (laïc·ques, étudiant·es, agent·es pastoraux, ministres).

Comme le présente l’article de Julia Durgnat sur la genèse du projet (publication en mai 2021), la journée a été organisée et animée par deux étudiantes en théologie de la Faculté de Théologie et de Sciences des Religions qui répondaient à un mandat de la SVTh soumis par le professeur Olivier Bauer dans le cadre d’un cours. 

La journée a été vécue sous l’auspice du dialogue et du partage (dans son sens large : encore merci pour ce délicieux et convivial repas canadien!). Dans une salle, à disposition, se trouvaient des posters présentant des activités intergénérationnelles ayant déjà eu lieu dans le cadre de l’Eglise Evangélique Réforme du Canton de Vaud, ainsi que des dossiers : Catéfil  N°24 et 46, « Générations différentes…cheminons ensemble ! » et « Les paroisses et les générations. Documentation et recommandations » des églises réformées Bern-Jura-Soleure ».

Le déroulement de la journée

Accueil

Après le croissant-café, la journée s’est ouverte par un jeu de présentation ludique (rappelant sûrement à certain·es des camps d’enfance) sous forme d’un wagon chenille-lapin (je vous laisse imaginer ce que cela pouvait bien représenter).

Le jeu terminé, nous nous engageons dans le premier bloc de la journée

Premier bloc

Préjugés et Notions communes

Nous construisons notre bagage commun sur la thématique. Nous abordons les notions de jeunisme, âgisme, interface et intergénérationnel, quelles sont les générations et leurs caractéristiques. Ensuite nous partageons nos préjugés sur les différentes générations. Il s’agit de souligner nos propres freins et de comprendre comment nous vivons notre rapport intergénérationnel, et comment nous communiquons.

Un exemple tiré du management 

Nous découvrons une piste de réflexion/un outil qui traite du travail intergénérationnel en entreprise (cf. Le choc générationnel, faire travailler trois générations ensemble, Management en entreprise, Lahouze-Humbert, 2010).

Cela nous permet d’aborder les besoins des générations, les mécanismes, les besoins d’adaptation et les différences en matière de communication. Cette incursion dans l’entreprise ne visait pas à proposer un modèle à appliquer tel quel, mais à découvrir des pistes de réflexion déjà engagées dans d’autres domaines.

Deux ateliers 

(i) Communication intergénérationnelle

Guidé·es par Roula Lopez (active dans la formation d’adulte de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud), nous vivons une méditation igniatienne sur Genèse 1,2 qui se poursuit par une sélection personnelle d’objets (stimulant les sens) illustrant ce que nous avions reçu/perçu.

Ce parcours invitait à découvrir une communication qui se base sur l’expérience sensorielle et du vécu de chacun·e, plutôt que sur une communication cognitive. 

(ii) Développement d’une vision théologique de l’intergénérationnel

Guidé·es par Elio Jaillet (doctorant en théologie à l’université de Genève) nous vivons une animation biblique en groupe. Partant du constat que le langage théologique de l’intergénérationnel est peu développé, nous travaillons ensemble sur des pistes à creuser.

Elio Jaillet constate que « l’horizon d’interprétation de l’intergénérationnel est souvent plutôt de l’ordre d’une fonctionnalisation de la communauté au bénéfice du bien-être des individus et du groupe : nous nous soutenons mutuellement car nous avons besoin des uns des autres (la systémique, les théories du développement, la psychologie et les sciences sociales nous le montrent). » Par une approche des textes nous sommes appelé·es à réinvestir une autre pensée de l’intergénérationnel, nourrie de la « vision du Royaume » et articulée à la « vision d’Eglise ».

Deuxième bloc

Le deuxième bloc de la journée était surtout constitué en des moments d’échanges : 

(i) Face à face

Sous forme d’un face-à-face (volontairement mis en scène) opposant « jeunes » et « vieux » : nous nous sommes titillé·es au sujet de l’intergénérationnel.

Deux représentantes de l’AGORA (synode des jeunes de l’EERV), Hélène Grosjean et Laure Fontannaz, ainsi que Jérémie Favre, représentant de PASAJ, ont été invité·es pour partager leur vécu en Eglise (notamment la genèse d’AGORA). Le PV du débat a été immortalisé sous forme créative.

Procès verbal du face à face intergénérationnel
Procès Verbal de l’échange

Les points forts de la conversation ont été la question de la reconnaissance, l’envie d’avoir aussi des lieux différents pour les générations et une mise en avant du fait que chaque génération n’est pas un bloc homogène (différents intérêts, envies, etc.).

(ii) Tables de discussion

Séparé·es en divers groupes, nous sommes assis autour d’une grande feuille (invitant qui le désirait à la remplir) pour discuter de deux sujets. Une trace de ces discussions a été gardée sur les deux images qui suivent.

Trace de la discussion sur l'intergénérationnel (I)
« Une Église aux multiples expressions : de quoi chaque génération a-t-elle besoin pour s’épanouir spirituellement ? »
Trace de la discussion sur l'intergénérationnel (II)
« En route ! … Mais pour aller où ? » (chemin et horizon de l’Eglise) 

Fin de la journée

Comme vous le constatez, nous avons vécu une journée bien chargée !

Pour terminer, nous avons dégagé quelques pistes de réflexion et perspectives de travail. Puis, nous avons partagé notre souhait d’évangile (quelle est la promesse ou la bonne nouvelle que j’emporte avec moi aujourd’hui ?) et une promesse d’engagement personnel (où pourrais-je concrètement m’investir ?). 


Voici les pistes/perspectives/questions qui ont été formulée : 

  • Le travail de la thématique de l’intergénérationnel implique d’approfondir l’ecclésiologie / la vision d’Église.
  • Méditer la thématique du temps – un temps qui n’est pas déterminé linéairement par le passé, mais qui est déterminé depuis le futur – pour approfondir la compréhension théologique du rapport entre générations.
  • Creuser la compréhension de l’espace intermédiaire entre les plus jeunes et les plus âgés et investir cet espace.
  • Le travail sur l’intergénérationnel invite à reprendre la présentation du culte et de l’accueil et à développer un nouveau langage à leur sujet.
  • Qu’est-ce que l’Église, dans son expérience intergénérationnelle, apporte à la société ?
  • Quelles sont les attentes des autorités d’Église et des « vieux » dans l’Église vis-à-vis des jeunes ?

Et vous, Eglise et intergénérationnel, qu’est-ce que ça suscite en vous ?

Nous espérons que ces quelques pistes de réflexions et ce petit compte-rendu seront vous stimuler comme nous l’avons été ! 

Vous pouvez télécharger le bilan de cette journée dans sa version brève ou complète (avec tous les matériaux annexes)

En bonus

Vous n’étiez pas présent·es durant la journée ? Voici quelques activités/questions pour réfléchir chez vous (en solo ou à plusieurs).

(A) Se projeter

Positionnez-vous par rapport à ce Mind-Map sur la notion d’intergénérationnel (non-exhaustif et créé à titre d’input) !

Mindmap sur l'intergénérationnel
Mindmap prospectif
  • Quelles thématiques vous intéressent le plus ?
  • Où va votre souci ?
  • Qu’est-ce qui vous motive ?
  • Quel est votre regard sur l’intergénérationnel (généralement, puis en Eglise) ? 

(B) Besoins de reconnaissance

Au coeur du travail intergénérationnel se trouve, notamment, la question de reconnaissance (de mon statut, mon identité, de ce dont j’ai besoin et en vis-à-vis, le statut de l’autre, son identité et ses besoins). Dès lors essayez de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont mes besoins en Eglise ?
  • Puis-je cibler là où j’ai besoin d’être reconnu·e ?
  • Quelle est ma posture par rapport à l’autre ?
  • Quelle place lui fais-je et est-ce que je le reconnais ?
  • Comment est-ce que je vis mes relations entre MOI–LUI–NOUS (la communauté, par ex.) ? 

(C) Explorations bibliques

Durant l’atelier sur le texte biblique, nous avons étudié par groupe : 1. Lc 14,25-27  ; 2. Jr 31,13 ; 3. Mt 19,13-15 ; 4. Esaïe 59,21 ; 5. Qo 11,8-12,1.

Nous étions ensuite invité·es à formuler une phrase qui « synthétisait l’intuition du groupe vis-à-vis de son extrait. » En voici la reconstitution.

1. « Déplacer le centre, se retourner comme le Christ pour changer nos fonctionnements, familiaux et ecclésiaux. L’intergénérationnel, c’est l’ouverture du cocon, pour former une foule qui se laisse toucher et dans laquelle on devient disciple »

2. « Heureux les enfants, les jeunes et les vieux qui rient et pleurent ensemble car Dieu leur donne de s’épanouir et les réconforte »

3. « Ne les empêchez pas de venir à moi ». (commentaire : « les » c’est tout le monde, « chacun est comme eux ». C’est l’accès au Royaume qui est en jeu)

4. « C’est un chemin englobant qui part de Dieu dans l’Esprit, qui implique un témoignage à recevoir, à incarner, etc… et à transmettre. Dieu s’engage dans le processus, ce n’est pas qu’une responsabilité humaine. »

5. « Jeunes et vieux se réjouiront ensemble car les catégories de “jeunesse“ et de “vieillesse“ n’ont pas d’importance aux yeux du Créateur : elles ne sont que vanité. »

Et vous ? Quelles intuitions auriez-vous tiré de ces textes?

(D) Discussions

Prenez le temps pour réfléchir aux questions traitées durant les groupes de partage :

  • « Une Église aux multiples expressions : de quoi chaque génération a-t-elle besoin pour s’épanouir spirituellement ? »
  • « En route ! … Mais pour aller où ? » (chemin et horizon de l’Eglise).

Si le coeur vous en dit, vous pouvez illustrer (mots, dessins, schémas) votre réflexion ! 

L’autrice

Miriam Jaillet a fait ses études en théologie à l’Université de Lausanne et de Genève (2021). Enquêtrice dans l’âme, elle aime avant tout l’histoire et les sciences bibliques, mais portée par son esprit curieux explore volontiers d’autres sujets. Amoureuse des couleurs, des mots et des récits, elle s’amuse sur du papier ou un clavier/une tablette graphique pendant ses heures perdues.


Cette journée faisait notamment suite à notre série de séminaire sur la vie communautaire en Eglise.

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